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Esclaves en Libye : pourquoi Macron monte au front contre les passeurs

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Esclaves en Libye : pourquoi Macron monte au front contre les passeurs

Face à l'émotion suscitée par les images d'esclavagisme en Libye, le chef de l'Etat mobilise ses pairs africains pour secourir les migrants. Reste à savoir comment...

La scène s'est déroulée mercredi, à Abidjan (Côte d'Ivoire), dans les couloirs du Sofitel où se tient le sommet entre l'Afrique et l'Europe. Devant un ascenseur, Emmanuel Macron croise le président de la commission de l'Union africaine, le Tchadien Moussa Faki. Le Français lui propose de bousculer l'ordre du jour pour organiser une réunion extraordinaire sur la Libye. «C'est le sujet, on a une obligation de résultat. Si tu en es d'accord, réunissons les acteurs clés», suggère le président français. «La sauce a pris très vite», confie un membre de la délégation tricolore. En quelques minutes, l'initiative d'Emmanuel Macron est acceptée par ses partenaires.

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Et pour cause. Ces derniers comptent sur les efforts de l'Europe, et de la France en particulier, pour prendre à bras-le-corps la résolution de la crise libyenne. Car, aux yeux de nombre de dirigeants africains, l'intervention militaire de 2011 pour protéger les civils des frappes du colonel Kadhafi est responsable du chaos qui règne aujourd'hui dans ce pays. A l'époque, le président Nicolas Sarkozy avait fait le forcing pour que l'opération ait lieu. Raison pour laquelle les Africains nourrissent des attentes très particulières à l'égard de Paris.

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Emmanuel Macron l'a saisi très vite, lui qui, moins de trois mois après son arrivée à l'Elysée, avait organisé une rencontre de haute voltige diplomatique entre les deux frères ennemis libyens, le Premier ministre Fayez al-Sarraj et le maréchal Haftar. Une promesse de stabilisation un peu déçue depuis alors que, en coulisses, les tractations diplomatiques se sont poursuivies, plus ou moins laborieusement.

Le Drian à l'ONU

Lorsque, il y a deux semaines, la question libyenne s'impose dans les foyers de la planète, à la faveur d'images terrifiantes diffusées par CNN, tout s'accélère. Le Premier ministre libyen souhaite que la question soit mise sur la table à l'occasion du sommet euro-africain auquel va participer Emmanuel Macron, dans le cadre de sa première tournée africaine. Sarraj envoie discrètement un émissaire à Paris pour lui passer le message.

Le chef de l'Etat sait qu'il a un coup à jouer, entre le timing diplomatique de sa visite, les attentes des Africains et le regard bouleversé de la communauté internationale. «Cela a placé le président au centre du jeu», relève un de ses proches, et abouti à un accord entre les partenaires réunis, annoncé en grande pompe par Emmanuel Macron. Un plan de lutte contre le trafic de migrants en Libye, dont la plupart des mesures sont des engagements à se mobiliser de façon plus active. Ainsi, le Premier ministre Sarraj a accepté de laisser les agences internationales opérer dans les camps de migrants. Les membres de l'Union africaine ont décidé de renforcer la coopération de leurs services de police et de renseignement, entre eux, avec les Européens et aussi les Français. C'est le sens de la «Task Force» évoquée par le chef de l'Etat qui, à ce stade, n'a pas pris la décision d'envoyer des forces françaises sur place pour mener à bien cette mission.

Dans le même temps, la bataille se mène aux Nations unies, sous la houlette de Jean-Yves Le Drian, le chef de la diplomatie, chargé de préparer un texte de sanctions contre les passeurs. Le Quai d'Orsay va ainsi soumettre des noms de personnalités liées à ces réseaux. Et après ? «Il faut qu'on continue de mobiliser nos partenaires», note un diplomate de haut rang. Sinon, Emmanuel Macron risque de perdre cette bataille.

La journaliste de CNN qui a tout déclenché

«Des garçons grands et forts pour le travail de ferme... 400... 700...» Le reportage de CNN, qui a indigné la planète après sa diffusion le 14 novembre, montre une vente aux enchères de migrants africains dans une maison près de Tripoli, la capitale libyenne. On y voit des hommes, noirs, monnayés jusqu'à 1 200 dinars libyens — un peu plus de 700 € — pour deux migrants. Ils avaient été kidnappés — comme des milliers d'autres — sur la longue route (continentale puis méditerranéenne) de l'exil vers l'Europe. Ce jour-là, douze Nigérians sont vendus sous les yeux de Nima Elbagir, la correspondante de la chaîne américaine. Une séance d'esclavagisme moderne qu'elle filme en caméra cachée, avec son téléphone.

La journaliste soudanaise de 39 ans a démarré sa carrière à l'agence Reuters, en couvrant les conflits au Darfour. En 2016, elle a été primée par la Royal Television Society anglaise. Cette année-là, elle avait enquêté six mois sur le passage des migrants depuis le delta du Nil jusqu'à Rome et apporté des preuves de vie des jeunes filles enlevées en 2014 par la secte Boko Haram.

LeParisien.fr - Ava Djamshidi
Le 2 décembre 2017




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