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Cirque mandingue : la plus belle énergie rayonne sous le plus pauvre chapiteau du monde

Culture

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Cirque mandingue : la plus belle énergie rayonne sous le plus pauvre chapiteau du monde

Avec sa nouvelle création, Afro Cirkus, présentée à Paris, le Cirque mandingue a offert une prestation tout en énergie faisant oublier son manque de moyens.

Pas d’artifices, pas de décor, pas de costumes extravagants et flashy, mais des jeans, des débardeurs assortis de pièces de wax ; pas d’animaux exotiques, pas même de matériel particulier de circassien à part un mât chinois, un simple poteau en bois, qui sera érigé pendant le spectacle. Les neuf artistes du Cirque mandingue n’ont que leurs corps pour tenir en haleine leur public, sous le chapiteau du Cabaret sauvage, pendant près d’une heure et demie.

Mais la bande de doux furieux emporte tout à l’énergie dans la salle parisienne « grâce à des acrobaties jusqu’au-boutistes », comme dira un spectateur, des figures de contorsion défiant les lois de l’anatomie, d’improbables pyramides humaines, bref des numéros d’un niveau rarement atteint sous les chapiteaux européens. Ils finissent acclamés à la fin de leur show… avant d’inviter les spectateurs (adultes et enfants) à danser avec eux dans la bonne humeur.

Il n’y avait pas de cirque en Guinée,  mais une tradition d’acrobatie que l’on retrouve chez les Peuls nyamakala

La troupe est née sur le sable des plages de Conakry. En fait de troupe, d’ailleurs, il n’y avait au départ, il y a quinze ans, qu’un circassien seul, Yamoussa Camara, dit Junior, qui venait régulièrement s’entraîner face à l’océan.

« J’étais souvent entouré de gamins que mes figures impressionnaient, je leur ai proposé de tenter de faire comme moi, et puis je les ai formés, raconte l’artiste de 39 ans devenu metteur en scène. C’était souvent des enfants des rues, des orphelins, qui n’avaient aucune perspective à part fumer des pétards ou boire de l’alcool… comme moi à leur âge. »

Junior, lui, avait été repéré par le Circus Baobab, un cirque créé de toutes pièces en Guinée, en 1998, sur une idée du réalisateur français Laurent Chevallier. Une trentaine de percussionnistes, acrobates et danseurs avaient alors été formés. « Il n’y avait pas de cirque en Guinée, explique Junior, mais une tradition d’acrobatie que l’on retrouve chez les Peuls nyamakala, qui se transmettait de père en fils. »

Circus Baobab

Depuis la dernière tournée du Circus Baobab, il y a dix ans, ses anciens membres se sont installés un peu partout : aux États-Unis, au Canada, en Europe… Mais Junior est l’un des rares à être retourné dans son pays d’origine, par conviction. « Si je n’étais pas revenu, j’aurais eu le sentiment de me trahir », confie celui qui travaille régulièrement avec une trentaine de jeunes et emploie également un ancien camarade du Circus Baobab, paralysé à la suite d’une chute, aujourd’hui formateur dans sa compagnie.

Les nouveaux talents que l’on peut admirer sur la scène du Cabaret sauvage ont entre 19 et 25 ans. Pour eux aussi, le cirque a quelque chose de magique. « Je me suis entraîné au début en m’inspirant d’internet, de ce que faisaient des Blancs, des Chinois », explique Aboubacar Bangoura, « l’homme élastique », sans doute le plus impressionnant membre de la troupe.

Sans les conseils de Junior, peut-être aurait-il continué à faire de petits spectacles de rue, sans perspective professionnelle et en continuant à se dire que cet art-là « n’est pas un truc de Noirs ».

C’est un crève-cœur de ne pas pouvoir jouer devant les siens

Mais le Cirque mandingue est là, qui fournit à ceux qui s’exercent une discipline, un espace pour dormir, pour manger. Et des tournées internationales, faute d’avoir la possibilité de se produire directement en Guinée. « C’est un crève-cœur de ne pas pouvoir jouer devant les siens, souligne Junior. Nous ne sommes pas aidés par les pouvoirs publics sur place, alors que nous valorisons l’image du pays dans le monde entier. » Le chef de la troupe espère un jour pouvoir offrir un chapiteau à ses élèves… En attendant, les représentations françaises doivent lui permettre d’obtenir six mois d’autonomie financière.

 

Par Léo Pajon   

Jeune Afrique
Le 17 novembre 2017


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